La location-gérance peut-elle mener à la propriété du fonds de commerce ?

Vous exploitez un fonds en location-gérance depuis un ou deux ans. L'activité tourne. Vous voulez aller plus loin. Mais le fonds ne vous appartient pas. Alors : peut-on vraiment passer de locataire-gérant à propriétaire ? Et si oui, comment ?

Benjamin Thomas, writer

Publié le 16/05/2015 , Mis à jour le 09/06/2026, Temps de lecture: 6 min

La location-gérance peut-elle mener à la propriété du fonds de commerce ?

En bref

  • La location-gérance ne donne aucun droit automatique d’acquérir le fonds.

  • Seule une clause contractuelle (promesse de vente ou pacte de préférence) sécurise ce passage.

  • La promesse synallagmatique de vente est déconseillée : risque de requalification fiscale.

  • Le pacte de préférence est aujourd’hui la clause la plus utilisée dans les réseaux.

  • L’historique d’exploitation facilite concrètement l’obtention d’un financement bancaire.

Sommaire


Ce que dit la loi : aucun droit automatique

C’est le point que beaucoup de locataires-gérants découvrent trop tard. En droit français, exploiter un fonds de commerce pendant des années ne crée aucun droit d’acquisition sur ce fonds. Contrairement au locataire d’un bail commercial qui bénéficie d’un droit au renouvellement, le locataire-gérant repart les mains vides à l’échéance du contrat, quand bien même il a redressé ou développé l’activité.

Le Code de commerce (articles L.144-1 et suivants) est clair sur ce point : le locataire-gérant exploite le fonds à ses risques et périls, mais il n’en est jamais propriétaire. Si le contrat ne prévoit rien sur une éventuelle cession, le propriétaire peut reprendre son fonds, le vendre à un tiers, ou le donner en gérance à quelqu’un d’autre. Sans recours possible.

C’est précisément pour cette raison que la négociation contractuelle, avant la signature, est décisive. Pour comprendre les mécanismes juridiques de base du contrat de location-gérance, l’article sur le fonctionnement de la location-gérance pose les fondements utiles.


Les deux clauses qui sécurisent le rachat

Si votre objectif est de devenir propriétaire du fonds à terme, deux mécanismes contractuels existent.

La promesse unilatérale de vente. Le propriétaire s’engage à vendre le fonds au locataire-gérant à un prix fixé à l’avance, dans un délai déterminé. Le locataire-gérant dispose d’une option : il peut lever ou ne pas lever cette option. Elle offre une visibilité sur le prix d’acquisition dès le départ, ce qui facilite la préparation du financement.

Le pacte de préférence. Moins contraignant pour le propriétaire, ce mécanisme lui impose simplement de proposer en priorité le fonds au locataire-gérant, à égalité de prix et de conditions, avant tout autre acquéreur. Il ne fixe pas de prix à l’avance, mais garantit au locataire-gérant de ne pas être évincé au moment de la vente. C’est aujourd’hui la clause la plus répandue dans les contrats de réseaux.


Pourquoi la promesse synallagmatique est à éviter

Un piège fréquent : insérer dans le contrat une promesse synallagmatique de vente, c’est-à-dire un engagement des deux parties à conclure la vente. Cette formule est à proscrire dans le cadre d’une location-gérance.

Selon les ressources juridiques spécialisées consultées, l’administration fiscale peut requalifier l’opération en vente déguisée lorsqu’une promesse synallagmatique est conclue en même temps ou peu après la signature du contrat de location-gérance, surtout si la redevance versée est imputée sur le prix de vente. Les conséquences fiscales d’une telle requalification sont lourdes pour les deux parties.

C’est pourquoi les clauses de promesse de vente synallagmatiques ont largement disparu des contrats de location-gérance au profit du pacte de préférence, plus souple et moins exposé au risque de requalification.

Les conditions d’éligibilité et les risques fiscaux étant complexes, il est recommandé de faire rédiger ces clauses par un avocat spécialisé en droit commercial avant toute signature.


La location-gérance comme tremplin de financement

Même sans clause de rachat inscrite au contrat dès le départ, la période de location-gérance reste un levier concret pour préparer l’acquisition future. Un ou deux ans de résultats positifs constituent un historique d’exploitation que les banques valorisent. Vous présentez un dossier de financement avec des comptes réels, une clientèle prouvée, un chiffre d’affaires documenté. C’est bien différent d’un porteur de projet qui arrive avec un prévisionnel sur papier.

Concrètement, la location-gérance permet de :

  • constituer un apport personnel progressivement, grâce aux bénéfices dégagés ;

  • démontrer la viabilité du fonds à un établissement bancaire avec des données comptables réelles ;

  • négocier le prix de cession en connaissance de cause, après avoir identifié les forces et faiblesses de l’exploitation ;

  • évaluer les investissements nécessaires à la reprise (rénovation, matériel, stock).

C’est l’un des atouts les moins mis en avant de ce statut, et pourtant l’un des plus opérationnels pour un candidat qui envisage une reprise de franchise sans avoir la capacité financière suffisante pour le rachat du fonds de commerce.


Questions fréquentes

Le locataire-gérant a-t-il un droit automatique de rachat du fonds ?

Non. Sans clause contractuelle explicite (promesse de vente ou pacte de préférence), le locataire-gérant n’a aucun droit d’acquérir le fonds à l’issue du contrat, quelle que soit la durée d’exploitation.

Quelle est la différence entre une promesse de vente et un pacte de préférence ?

La promesse de vente fixe un prix et un délai : le propriétaire s’engage à vendre à ce prix si le locataire-gérant lève l’option. Le pacte de préférence ne fixe pas de prix, mais oblige le propriétaire à proposer le fonds en priorité au locataire-gérant avant tout autre acheteur.

Peut-on insérer une clause de rachat dans un contrat de location-gérance existant ?

Oui, par avenant. Les deux parties peuvent modifier le contrat en cours d’exécution pour y ajouter un pacte de préférence ou une promesse unilatérale de vente. Un accord écrit et signé des deux parties est indispensable.

La redevance versée peut-elle être déduite du prix de vente futur ?

Juridiquement, c’est risqué. L’administration fiscale peut requalifier l’opération en vente déguisée si la redevance est imputée sur le prix. Cette pratique est déconseillée par les praticiens du droit commercial.

Combien de temps faut-il exploiter un fonds en location-gérance avant de pouvoir le racheter ?

Il n’existe aucune durée légale minimale. En pratique, un à deux ans d’exploitation suffisent à constituer un historique comptable crédible auprès des banques. La durée dépend surtout des conditions négociées dans le contrat et de la capacité financière du locataire-gérant.

La location-gérance est-elle un bon point d’entrée pour rejoindre un réseau de franchise ?

Oui, dans les secteurs où les fonds de commerce sont coûteux (restauration, distribution, services). Elle permet d’accéder à un point de vente constitué avec un apport réduit, en cumulant un contrat de franchise et un contrat de location-gérance. Pour approfondir ce point, notre article sur les différences entre franchise et location-gérance détaille ce montage hybride.


Sources :

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