Puériculture : malgré la chute des naissances, le marché résiste et le magasin spécialiste garde la main
Le marché français de la puériculture recule de 1,1% en valeur sur un an, loin des -5,2% encaissés en 2025. Entre natalité en berne et nouvelles attentes parentales, la filière et ses réseaux spécialisés ajustent leur modèle.
Sandrine Cazan, writer
Publié le 21/09/2016 , Mis à jour le 01/10/2026, Temps de lecture: 8 min
En bref
- Le marché de l’équipement puériculture, estimé à 850 millions d’euros, se stabilise après plusieurs années de recul marqué.
- La France résiste mieux que l’Allemagne (-18,2%) ou le Royaume-Uni (-6,2%) grâce à son réseau de magasins spécialistes.
- 56% des mamans interrogées envisagent encore un autre enfant, malgré une confiance en l’avenir au plus bas depuis 2018.
- Le magasin spécialisé reste le réflexe numéro un pour l’achat de poussettes, sièges auto et solutions de sommeil.
- 645.000 naissances ont été enregistrées en 2025, un niveau historiquement bas qui replace la natalité au cœur du débat public.
Sommaire
- Un marché qui se stabilise après plusieurs années de recul
- Le désir d’enfant résiste, mais la confiance s’effrite
- Le magasin spécialiste, repère dans un parcours d’achat multicanal
- La natalité, enjeu de la Présidentielle 2027
- Ce que ces tendances changent pour les réseaux de franchise
Un marché qui se stabilise après plusieurs années de recul
La Fédération Française des industries du Jouet et de la Puériculture (FFJP) et la Fédération des Commerces spécialistes des Jouets et des Produits de l’Enfant (FCJPE) ont présenté leur état des lieux du secteur de la puériculture en France à l’occasion du Salon BEBE Paris, les 28 et 29 septembre 2026 au Parc Floral de Paris.
Le constat change de ton par rapport aux années précédentes. Le marché de l’équipement puériculture, poussettes, sièges-auto, coques bébé, petite puériculture et mobilier, pèse environ 850 millions d’euros en France. Celui des consommables (couches, hygiène, alimentation infantile, textiles) atteint 2 milliards d’euros. Selon les données NielsenIQ citées par la FFJP, le marché recule de 1,1% en valeur sur la période août 2025-juillet 2026, contre -5,2% un an plus tôt. Les volumes, eux, reculent davantage, de 3,8%.
Comparée à ses voisins européens, la France limite la casse : l’Allemagne affiche -18,2% et la Grande-Bretagne -6,2% sur la même période. La FFJP attribue cette résistance relative à trois facteurs :
- un réseau dense de magasins spécialistes sur tout le territoire
- l’innovation produit
- la montée en gamme.
Cette dynamique confirme une tendance de fond déjà observée par Xerfi, qui soulignait que les réseaux spécialistes de la puériculture captaient encore la majorité des ventes du secteur malgré la pression de la grande distribution et des plateformes en ligne.
La praticité s’impose comme le principal relais de croissance. Les poussettes 3-en-1 voient leur chiffre d’affaires progresser de 34%, et les sièges auto évolutifs de type All-Size de 14% en valeur. Un Français sur deux privilégie la qualité pour s’assurer d’un produit fiable et durable, tandis que 36% des consommateurs recherchent des produits plus fonctionnels pour simplifier leur quotidien.
Le désir d’enfant résiste, mais la confiance s’effrite
Le Baromètre Puériculture 2026, réalisé par la FFJP avec Nova CHILD, bat en brèche une idée reçue : la baisse de la natalité ne traduit pas une disparition du désir de famille. 56% des mamans interrogées envisagent encore un autre enfant, soit 13 points de plus qu’en 2024.
Mais ce désir se heurte à un climat de confiance dégradé. La note moyenne de confiance en l’avenir chez les mamans s’établit à 6,5/10, son niveau le plus bas depuis 2018. Les inquiétudes sont d’abord économiques : 66% des femmes enceintes citent l’économie et le pouvoir d’achat parmi leurs principales préoccupations, devant le climat social (61%), la santé (58%), l’environnement (56%) et la géopolitique (47%).
Ces arbitrages économiques transforment les comportements d’achat. Pour les parents, les trois critères prioritaires restent la qualité (71%), la sécurité (58%) et le prix (52%). 86% d’entre eux expriment une attente forte en matière de développement durable, mais 54% d’entre ils précisent que cela ne doit pas se faire « à n’importe quel prix ». L’inflation continue d’influencer fortement les achats pour 85% des mamans.
Le parcours d’achat se transforme également en profondeur. 64% des jeunes parents utilisent déjà une intelligence artificielle pour comparer les produits ou obtenir des conseils personnalisés. La seconde main s’installe durablement : 59% des mamans en ont déjà acheté, motivées avant tout par le prix. Revers de cette quête d’économie, 44% des mamans ont déjà acheté de la puériculture sur des places de marché en ligne, alors que l’étude européenne « Safety Sweep » de juillet 2026, portant sur 1.700 annonces analysées sur 35 marketplaces, a révélé que 42% d’entre elles ne contenaient pas l’intégralité des informations produits obligatoires. La FFJP y voit un enjeu majeur de sécurité pour les enfants et appelle à une responsabilisation plus stricte des places de marché.
En résumé, Olivier Rigal, vice-président puériculture de la FFJP, analyse :
Les parents de 2026 arbitrent davantage leurs choix, recherchent une véritable valeur d’usage et attendent des fabricants des réponses concrètes à ces nouvelles contraintes
Le magasin spécialiste, repère dans un parcours d’achat multicanal
Malgré la montée en puissance du digital et de l’IA dans les comparatifs de prix, le point de vente physique conserve une place centrale. Selon le baromètre, 50% des femmes enceintes privilégient le magasin spécialisé bébé pour leurs achats d’équipements de transport (sièges auto, poussettes, portage) et 49% pour les articles liés au sommeil. Avant l’achat, 35% des mamans et 39% des femmes enceintes y ont recherché des informations ou comparé des produits.
L’argument du magasin spécialiste ne repose plus seulement sur l’offre produit mais sur l’accompagnement : essayer, comparer, être conseillé, puis bénéficier d’un service après-vente. « Le parcours d’achat est devenu multicanal, mais le magasin spécialisé garde une place à part pour les familles », explique Olivier Marin, vice-président puériculture de la FCJPE. Il cite la liste de naissance comme exemple concret de cet accompagnement : construite avec les parents, elle évite les doublons et simplifie la participation de l’entourage.
Pour les réseaux organisés du secteur, qu’ils soient en franchise, en commerce associé ou en groupement, cette fidélité au point de vente physique reste un argument de poids face à la concurrence des pure players et des marketplaces.
La natalité, enjeu de la Présidentielle 2027
Le contexte démographique pèse sur l’ensemble de la filière. Selon l’Insee, *645.000 naissances ont été enregistrées en France en 2025, soit une baisse de 2,1% par rapport à 2024. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel du pays est devenu négatif.
Face à ce constat, la Mission d’information de l’Assemblée Nationale sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité en France a publié un rapport en février 2026, formulant 37 propositions. Parmi elles : faciliter l’accès à un logement adapté à l’arrivée d’enfants, bâtir un « plan Marshall des modes de garde », unifier le congé parental, ou encore permettre le déblocage anticipé de l’épargne salariale dès la naissance du premier enfant, une mesure portée de longue date par la FFJP.
La fédération salue également le label « Le Choix des Familles », lancé par la Haute-Commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry, qui valorise les lieux accueillant familles et enfants. Pour la FFJP et la FCJPE, l’enjeu n’est pas de se substituer aux choix individuels des familles, mais de réduire l’écart entre le désir d’enfant, toujours présent, et sa concrétisation, freinée par des obstacles matériels identifiés noir sur blanc par les parlementaires.
Ce que ces tendances changent pour les réseaux de franchise
Pour les enseignes et leurs franchisés, ce diagnostic 2026 dessine une feuille de route assez nette. La montée en gamme et les produits « tout-en-un » tirent la croissance là où les volumes reculent. Miser sur du matériel polyvalent et durable, capable de répondre à l’exigence de praticité des familles, devient un levier commercial plus pertinent qu’une politique de prix bas pure.
Le conseil en magasin reste un actif différenciant face aux marketplaces, d’autant que ces dernières sont pointées du doigt sur la sécurité produit. Les réseaux qui structurent un vrai parcours client, de la liste de naissance au service après-vente, consolident un avantage que le digital seul ne reproduit pas facilement.
Enfin, la question démographique, même si elle dépasse le cadre de la filière, invite les franchiseurs à surveiller de près les arbitrages budgétaires des jeunes parents et à adapter leurs gammes à une clientèle qui veut, avant tout, acheter juste.
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Questions fréquentes
Le marché de la puériculture est-il toujours en baisse en France en 2026 ?
Oui, mais la baisse ralentit fortement : -1,1% en valeur sur la période août 2025-juillet 2026, contre -5,2% un an auparavant, selon NielsenIQ.
Pourquoi le marché français résiste-t-il mieux que ses voisins européens ?
Selon la FFJP, cette résistance s’explique par la densité du réseau de magasins spécialistes, l’innovation produit et la montée en gamme, alors que l’Allemagne (-18,2%) et la Grande-Bretagne (-6,2%) reculent bien davantage.
Combien de naissances ont été enregistrées en France en 2025 ?
645.000 naissances selon l’Insee, soit 2,1% de moins qu’en 2024, et pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un solde naturel négatif.
Les parents achètent-ils encore en magasin spécialisé plutôt qu’en ligne ?
Oui. Selon le Baromètre FFJP-Nova CHILD 2026, 50% des femmes enceintes privilégient le magasin spécialisé pour les équipements de transport et 49% pour les articles de sommeil, même si le parcours d’achat reste multicanal.
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