Qui gagne vraiment de l'argent dans le fitness en 2026 : franchisé ou indépendant ?
Pierre-Jacques Datcharry, Directeur de publication de Fitness Challenges et expert du secteur, décrypte un marché à 2,7 milliards d'euros en pleine recomposition, et évoque les vraies opportunités pour les franchisés.
Sandrine Cazan, writer
Publié le 30/09/2026 , Temps de lecture: 8 min
En bref
- Un marché en bonne santé, mais polarisé : près de 7 millions d’abonnés, 2,7 Md€ de chiffre d’affaires, une fréquentation en hausse de 7,7 % sur un an. Le low-cost industrialise le volume, le premium et le Reformer Pilates tirent le haut du marché, et les généralistes indépendants de milieu de gamme sont pris en étau.
- Un club sur deux est sous enseigne. Les indépendants qui s’en sortent misent sur un positionnement affirmé : coaching, sport-santé, communauté.
- Chiffres clés pour investir : de 150.000 € (studio Reformer/EMS) à 2 M€ et plus (grand club), un coût d’ouverture en hausse de 15 à 25 % en trois ans, l’équilibre en 12 à 24 mois et le retour sur investissement en 4 à 6 ans.
- Où ouvrir une salle de sport ? Les villes de 20 000 à 100 000 habitants offrent le meilleur équilibre. Les vraies lacunes : les bassins de moins de 30 000 habitants, le périurbain en croissance, le premium accessible, le sport-santé et les seniors.
- Point de vigilance dans le fitness : la densité. La question n’est plus « où ouvrir ? » mais « comment fidéliser ? ».
Quel est l’état actuel du marché du fitness français ?
Le marché du fitness est en bonne santé, mais il se polarise. Selon les périmètres retenus, on parle de 6,5 à près de 7 millions de pratiquants en club soit un taux de pénétration de 11%. Les derniers indicateurs font état de 7 millions d’abonnés, 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une fréquentation en hausse de 7,7 % sur un an.
Le parc continue de grossir : on recense au moins 7.000 établissements actifs en 2026. Mais derrière ces moyennes, les réalités sont très contrastées : le low-cost industrialise le volume, les studios premium et le Reformer Pilates tirent le haut du marché, et les généralistes indépendants de milieu de gamme sont pris en étau.
Enfin, un handicap structurel demeure : la TVA à 20 % sur les abonnements, contre 6 % en Belgique, 7 % en Allemagne ou 10 % en Italie.
Comment se répartissent les clubs entre franchises et indépendants ?
On a franchi un seuil historique.
Les établissements sous enseigne représentent 50 % du parc national en 2026, contre 40 % en 2019. Autrement dit, un club sur deux, voire plus, est aujourd’hui sous enseigne, et la tendance ne va pas s’inverser.
Les indépendants présents sont ceux qui ont un positionnement très affirmé (coaching, sport-santé, communauté). Ils ont d’ailleurs une belle carte à jouer car ce marché qui se consolide crée mécaniquement de l’espace pour ceux qui incarnent ce que les grands réseaux ne peuvent pas toujours offrir : la proximité, l’agilité, l’accompagnement; une relation humaine authentique avec leurs adhérents.
Quelles enseignes ouvrent le plus cette année, et combien visent-elles d’ici fin 2027 ?
Trois acteurs dominent le rythme d’ouverture.
Basic-Fit exploitait 902 clubs en France au 30 juin 2026, avec un rythme d’environ 100 ouvertures par an sur le groupe.
Fitness Park a franchi le seuil des 400 clubs en décembre 2025 et programme 80 nouvelles salles en 2026, en France et à l’international. On air dépasse les 120 clubs aujourd’hui.
L’Orange Bleue comptait plus de 400 salles en mars 2026 et, avec 60 ouvertures par an, souhaite atteindre 550 salles.
Enfin, Keepcool/Neoness complète le quatuor de tête avec plus de 270 clubs.
Fitness Park France fait l’objet d’une offre de rachat à 600M€, portée par Providence Equity Partners (déjà propriétaire de VivaGym), avec JPMorgan en banque conseil. Quatre repreneurs seraient en lice.
Au même moment, le groupe ICM cède KeepCool, Neoness au Groupe Bernard Hayot (GBH), soit 300 clubs et des centaines de franchisés. Ils ont de grandes ambitions pour le développement de ces deux marques en France en Europe et à l’international.
Depuis que je couvre ce marché, j’ai vu des ouvertures massives, des fermetures brutales, des enseignes disparaître du jour au lendemain. Mais ce qui se joue depuis 18 mois est d’une autre nature.
Le fitness français n’est plus un marché de pionniers. C’est devenu un marché d’investisseurs.
Et les valorisations le confirment, sans plus laisser place au doute : 600 M€ pour les seules activités françaises de Fitness Park. Il y a 15 ans ce chiffre aurait semblé extravagant.
Comment se dessine le paysage à l’horizon 2030 ?
Je vois cinq tendances lourdes.
La première est la consolidation : 27 opérations de fusion-acquisition ont eu lieu en Europe en 2025 et 2026, contre 13 en 2022, et la France suit.
La deuxième est la polarisation, avec un low-cost (plutôt low price - high value) de plus en plus automatisé (24/7, amplitude étendue) face à des concepts boutique et premium.
La troisième est la montée du sport-santé et des seniors, portée par la Stratégie nationale sport-santé.
La quatrième est la fragmentation des pratiques (Pilates Reformer, Hyrox, EMS).
La cinquième, et c’est le point de vigilance majeur, est la densité. On observe que la multiplication des ouvertures low price- hight value entraîne une baisse franche du nombre d’adhérents par club, et donc du chiffre d’affaires moyen. La question n’est donc plus « où ouvrir ? » mais « comment fidéliser aujourd’hui? ».
Quoiqu’il en soit le marché est porté par la Gen Z qui fréquente beaucoup les clubs et consomme aussi beaucoup de produits additionnels (Compléments alimentaires, vêtements, petits équipements, inscription a des courses…).
Quel est le ticket d’entrée moyen, et comment a-t-il évolué sur 3 ans ?
Il n’existe pas un ticket d’entrée mais trois familles.
- Pour un studio spécialisé type Reformer ou EMS, il faut compter environ 150.000 euros.
- Pour un club intermédiaire type Keepcool ou L’Orange Bleue, le budget global se situe entre 350.000 et 950.000 euros.
- Pour un grand club, on change d’échelle : chez Fitness Park, l’investissement va de 800.000 à 2 millions d’euros et environ 2,5 millions pour un On Air.
Mon estimation d’expert est que le coût global d’ouverture a pris 15 à 25 % en trois ans, sous l’effet des travaux, des équipements, des loyers, de l’énergie et du coût du crédit.
Cette fourchette est une appréciation, pas une statistique naturellement.
Un franchisé gagne-t-il plus ou moins qu’un indépendant sur 5 ans ?
Il n’existe pas d’étude publique fiable qui compare les revenus sur cinq ans ; je réponds donc en praticien. Sur la durée, le franchisé gagne en général plus, non pas parce que sa marge est meilleure (il reverse des redevances), mais parce qu’il remplit plus vite, se finance plus facilement et survit plus souvent. L’indépendant bien positionné sur une niche peut faire mieux en marge, mais sa courbe est plus lente et son risque bien plus élevé.
En résumé : le franchisé achète de la vitesse et de la sécurité, l’indépendant parie sur son talent.
Quel est le délai moyen de rentabilité d’un club franchisé en 2026, comparé à il y a 5 ans ?
Aujourd’hui, un club franchisé bien implanté atteint l’équilibre d’exploitation en 12 à 24 mois, et le retour sur investissement se compte plutôt en 4 à 6 ans. En 2021, on sortait du Covid : les délais étaient faussés, mais la concurrence locale était moindre et les investissements plus faibles. Le délai s’est donc plutôt allongé, pour trois raisons : un ticket d’entrée plus élevé, une densité concurrentielle accrue et des charges (énergie, loyers, masse salariale) en hausse.
La différence se fait désormais sur l’emplacement et surtout la rétention, plus que sur l’enseigne.
Métropoles, villes moyennes ou zones rurales : où est le meilleur potentiel ?
Aujourd’hui, ce sont clairement les villes moyennes de 20.000 à 100.000 habitants. Les métropoles sont saturées, avec des loyers élevés et une concurrence frontale entre low-cost, premium et boutique.
Le rural est viable avec des formats compacts, mais le plafond de chiffre d’affaires est bas. Les enseignes l’ont bien compris ; L’Orange Bleue explique ainsi que dans ces zones, ses salles sont plus petites (350 à 500 m² contre 500 à 700 m² en ville) et fonctionnent avec une masse salariale réduite.
La ville moyenne offre le meilleur équilibre : des loyers raisonnables, une clientèle fidèle, moins d’offre premium et un coût d’acquisition des adhérents plus faible.
Y a-t-il des villes ou régions encore sous-équipées ?
Oui, mais il faut être précis sur ce qui manque. En volume low-cost, les villes moyennes sont largement couvertes : Basic-Fit revendique une présence dans toutes les villes françaises de plus de 30.000 habitants hors Île-de-France.
Le sous-équipement se situe donc ailleurs, à trois niveaux.
D’abord, les bassins de moins de 30.000 habitants, notamment dans la « diagonale du vide » (Centre, Bourgogne, Limousin, intérieur de la Normandie et du Grand Est).
Ensuite, les couronnes périurbaines en forte croissance démographique.
Enfin, et surtout, certaines offres sont sous-représentées même là où il y a des salles : le premium accessible, le sport-santé et les seniors.
Un seul chiffre pour résumer le marché d’ici 2028 ?
7 millions. C’est le nombre d’abonnés en club que la France devrait dépasser d’ici 2028, si l’on prolonge la croissance actuelle de 4 à 5 % par an à partir des 6,2 millions de 2024. C’est plus que les 8 premières fédérations sportives françaises (foot, tennis, équitation, basket, hand ball, judo, golf et rugby !).
Ce chiffre rappelle aussi qu’avec une pénétration autour de 11 % on reste loin des marchés les plus matures d’Europe du Nord. Le potentiel est là, mais il ne sera capté que par ceux qui sauront faire venir de nouveaux publics (seniors, sédentaires, sport-santé) plutôt que de se disputer les mêmes pratiquants.
Ce mouvement est accompagné par la volonté du gouvernement de passer efficacement d’une société curative à une société préventive, beaucoup plus économique lorsque l’on considère l’évolution de la pyramide des âges.
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