Céder son fonds de commerce en franchise : ce que prévoit le contrat

La vente d'un point de vente franchisé n'est jamais une affaire à deux. Contrat intuitu personae, clause d'agrément, droit de préemption : voici les règles à maîtriser avant d'ouvrir la moindre négociation.

Sandrine Cazan, writer

Publié le 24/05/2014 , Mis à jour le 20/07/2026, Temps de lecture: 3 min

Céder son fonds de commerce en franchise : ce que prévoit le contrat

En bref

  • Le contrat de franchise ne peut pas être cédé sans l’accord écrit du franchiseur.
  • La cession engage toujours trois parties : le cédant, le repreneur et le franchiseur.
  • La clause d’agrément donne au franchiseur un droit de refus discrétionnaire sur le repreneur.
  • La clause de préemption permet au franchiseur de se porter acquéreur en priorité.
  • Le repreneur devra systématiquement signer un nouveau contrat de franchise.

Vendre en cours ou en fin de contrat : quelle différence ?

Deux situations se présentent au franchisé qui souhaite vendre son activité.

Céder sa franchise en cours de contrat

En cours de contrat, le franchisé ne peut pas céder son fonds de commerce indépendamment de l’enseigne. Il doit négocier une rupture anticipée avec son franchiseur, qui signera ensuite un nouveau contrat avec le repreneur. Sans cet accord préalable, la cession peut être frappée de nullité.

Vendre sa franchise en fin de contrat

À l’expiration du contrat, vendre son fonds de commerce sans l’enseigne reste techniquement possible. En pratique, cette option n’est pertinente que si la valeur du commerce repose sur un emplacement stratégique plutôt que sur la notoriété de la marque. Les repreneurs restent globalement peu enclins à racheter un commerce qu’ils devront rebaptiser.

Dans la majorité des cas, la stratégie optimale consiste à vendre en cours de contrat, avec l’accord et l’accompagnement du franchiseur.

Pourquoi la cession engage trois parties

Contrairement à une cession classique, la vente d’un fonds franchisé implique systématiquement trois acteurs :

  1. Le franchisé cédant, qui initie la vente et doit informer son franchiseur en priorité.
  2. Le repreneur, qui ne peut exploiter l’enseigne qu’à condition d’obtenir l’agrément du franchiseur et de signer un nouveau contrat à son nom.
  3. Le franchiseur, qui valide ou refuse le candidat, et peut même se porter lui-même acquéreur.

Cette configuration tient à la nature même du contrat de franchise, conclu intuitu personae, c’est-à-dire en considération de la personne du franchisé. Ce principe interdit toute transmission automatique du contrat à un tiers.

La clause d’agrément : le franchiseur valide le repreneur

La clause d’agrément figure dans la quasi-totalité des contrats de franchise. Elle donne au franchiseur le droit d’approuver ou de refuser tout candidat à la reprise avant que la vente ne soit finalisée.

Le franchiseur évalue le repreneur sur plusieurs critères :

  • Compétences et expérience professionnelle
  • Solidité financière et capacité d’apport
  • Adéquation avec les valeurs et les standards du réseau

A noter : Le refus d’agrément est dit discrétionnaire. Le franchiseur n’a pas à le justifier, sauf si le contrat l’y oblige expressément (Cass. com., 2 juill. 2002, n° 01-12.685) (*). En cas de refus, le franchisé doit trouver un autre candidat répondant aux critères du réseau. Il peut toutefois saisir la justice si ce refus lui semble abusif ou discriminatoire.

Si l’agrément est accordé, le repreneur signe un nouveau contrat de franchise. Ce contrat peut différer du contrat d’origine sur ses conditions et ses tarifs. Dans ce cas, le franchiseur est tenu de remettre un Document d’Information Précontractuelle (DIP) au moins 20 jours avant toute signature, conformément à la loi Doubin.

La clause de préemption : le franchiseur passe avant tout le monde

La clause de préemption (ou de préférence) permet au franchiseur de se substituer à l’acquéreur pressenti, aux mêmes conditions de prix et de vente. Elle figure dans la grande majorité des contrats de franchise.

Comment fonctionne-t-elle concrètement ?

Étape Ce qui se passe
Notification Le franchisé informe le franchiseur par LRAR ou acte extrajudiciaire, en transmettant le projet de cession complet (prix, conditions, identité de l’acheteur).
Délai de réponse Le franchiseur dispose d’un délai contractuellement fixé, souvent entre 30 et 60 jours, pour exercer ou renoncer à son droit.
Exercice du droit Si le franchiseur rachète, il le fait aux conditions notifiées. Le franchisé ne perd pas en valeur.
Renonciation Si le franchiseur renonce, le franchisé est libre de vendre à l’acquéreur initialement pressenti.

La procédure pratique de cession

Voici les étapes à suivre pour organiser la vente de son fonds de commerce franchisé dans les règles :

  1. Relire le contrat de franchise : identifier les clauses d’agrément, de préemption et les éventuelles indemnités de rupture anticipée.

  2. Informer le franchiseur : transmettre officiellement l’intention de vendre, par LRAR ou acte extrajudiciaire.

  3. Évaluer le prix du fonds : la valeur se calcule sur la rentabilité du commerce, et non sur les investissements engagés (droit d’entrée, agencement spécifique). Le stock est évalué séparément.

  1. Rechercher un repreneur : le franchiseur peut relayer l’offre en interne auprès de son réseau. Des candidats issus du réseau présentent souvent un profil plus facilement agréé.

  2. Obtenir l’agrément : le repreneur constitue un dossier de candidature et passe devant le franchiseur.

  3. Formaliser la cession : l’acte de cession du fonds et le nouveau contrat de franchise sont signés concomitamment. La cession inclut une condition suspensive liée à l’agrément et, le cas échéant, à la non-préemption de la commune.

Les délais globaux varient selon les contrats, la complexité de l’affaire et la réactivité des parties. Comptez plusieurs semaines à plusieurs mois entre la première information et la signature définitive.

Pour tout ce qui concerne l’achat d’un fonds de commerce franchisé, la même logique s’applique côté repreneur : l’agrément est la condition sine qua non pour exploiter l’enseigne.

Ce que le franchisé ne peut pas céder

Plusieurs éléments sont exclus du périmètre de cession par le franchisé :

  • L’enseigne : elle appartient au franchiseur et ne peut être transmise par le franchisé. Le repreneur ne pourra l’utiliser qu’à travers son propre contrat de franchise.
  • Le contrat de franchise lui-même : conclu en considération de la personne, il ne se transfère pas automatiquement à un tiers.
  • Le droit d’entrée et les redevances versés : ces investissements n’entrent pas dans la valeur du fonds de commerce.

En revanche, le bail commercial est transmis automatiquement à l’acquéreur du fonds, indépendamment de la volonté du franchiseur.

Les clauses d’agrément et de préemption sont rarement négociables au moment de la signature du contrat initial. Mieux vaut les comprendre et les anticiper avant de s’engager dans un réseau plutôt que de les découvrir le jour où l’on souhaite vendre.

Les conditions et effets de ces clauses variant d’un contrat à l’autre, il est recommandé de les faire analyser par un avocat spécialisé en droit de la franchise avant toute démarche de cession.

Questions fréquentes

Peut-on vendre son fonds de commerce franchisé sans l’accord du franchiseur ?

Techniquement oui, si le repreneur n’exploite pas l’enseigne. Mais dans ce cas, le fonds perd une grande partie de sa valeur et le cédant reste redevable des obligations du contrat jusqu’à son terme.

Le franchiseur peut-il refuser un repreneur sans se justifier ?

Oui. Le refus d’agrément est discrétionnaire, sauf mention contraire dans le contrat. Il ne doit toutefois pas être abusif ni discriminatoire, sous peine de recours judiciaire.

Le repreneur doit-il payer un nouveau droit d’entrée ?

Dans la majorité des cas, oui. Le repreneur signe un nouveau contrat de franchise et doit verser des droits d’entrée. Certains réseaux appliquent un tarif réduit pour les reprises internes, mais ce n’est pas systématique.

Combien de temps le franchiseur dispose-t-il pour exercer son droit de préemption ?

Le délai est fixé par le contrat, généralement entre 30 et 60 jours à compter de la notification complète du projet de cession.

Le contrat de franchise doit-il être remis au repreneur avant la signature ?

Oui. Le franchiseur est tenu de remettre un Document d’Information Précontractuelle (DIP) au repreneur au moins 20 jours avant toute signature ou versement de fonds, conformément à la loi Doubin du 31 décembre 1989.

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