La franchise, c'est le risque zéro ? Deux experts démontent cette idée reçue
La franchise rassure. Une marque connue, un concept éprouvé, des process clés en main... Sur le papier, l'équation semble imparable. Mais est-ce vraiment suffisant pour garantir le succès ?
Benjamin Thomas, writer
Publié le 12/05/2026 , Temps de lecture: 3 min
Tournée au salon Franchise Expo Paris 2026, cette interview croisée met face à face deux dirigeants de réseaux aux profils complémentaires : Jocelyn Ruin, dirigeant du réseau Kovan Travaux, et Julien Charpentier, Directeur du développement du réseau As de Pic. Leur mission : décortiquer l’une des idées reçues les plus tenaces du secteur. Leur verdict est sans appel : “Le risque zéro, non, c’est entièrement faux.”
La franchise réduit le risque, structure le parcours, libère de l’énergie pour se concentrer sur le terrain. Mais elle ne remplace pas l’engagement, la rigueur et la responsabilité de l’entrepreneur. Comme le résume Jocelyn Ruin en quelques mots : “L’objectif, c’est de ne jamais être seul.” Pas d’éliminer le risque.
Franchisé ne veut pas dire protégé de tout
Rejoindre un réseau, c’est capter un concept, des outils, des process. Mais ce n’est pas souscrire une assurance tous risques. Jocelyn Ruin et Julien Charpentier sont formels : deux franchisés qui exploitent le même concept sur des zones comparables peuvent afficher des résultats radicalement différents. La variable, c’est l’entrepreneur lui-même.
“Être franchisé, c’est avant tout être un entrepreneur. C’est la première question que je pose aux candidats”, insiste Julien Charpentier. Avant le concept, avant le réseau, il y a une âme d’entrepreneur, une vraie volonté d’entreprendre. Sans ça, même le meilleur savoir-faire du monde ne suffit pas.
Le réseau : un partenaire, pas un manager
Quand un franchisé déraille, jusqu’où peut aller le franchiseur ? La réponse est claire : “Un franchiseur n’est pas un manager.” Julien Charpentier le dit sans détour. Jocelyn Ruin illustre le propos avec une anecdote concrète : un franchisé Kovan Travaux s’est retrouvé en difficulté de trésorerie faute de gestion rigoureuse. Le réseau a pu l’accompagner, lui remettre le pied à l’étrier. Mais la responsabilité de la gestion quotidienne reste entièrement celle du franchisé.
En période de crise, le réseau apporte toutefois de la synergie, du partage d’expériences, une capacité à prendre des décisions rapides à l’échelle nationale. “C’est cette synergie qui fait qu’on arrive globalement à sortir mieux des tempêtes. Ça n’en prémunit pas, mais ça en protège quand même pas mal”, résume Julien Charpentier. La nuance est importante.
Et si je mets 200.000€ sur la table pour ouvrir ma franchise, je suis sûr de les récupérer ?
C’est la question qui fâche, et les deux experts ne l’esquivent pas. Non, rien n’est garanti. Mais appartenir à un réseau peut ménager des portes de sortie que l’indépendant n’a pas toujours. Julien Charpentier cite deux cas concrets survenus chez As de Pic au moment du départ en retraite des franchisés : une cession à un successeur accompagnée par le réseau et un rachat direct par le réseau. Jocelyn Ruin abonde : le fait d’être en franchise et d’appliquer un concept éprouvé permet de valoriser l’antenne locale et d’envisager une revente dans de bonnes conditions.
“On forme les chefs d’entreprise à gagner leur vie… et à valoriser leur développement local pour pouvoir revendre demain.”
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